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Compte-rendu de l'atelier

last modified 2007-03-29 17:34

Claude LOUZOUN (modératrice)


L'atelier s'est déroulé en deux temps :

1)Psychiatrie et Santé mentale

2)Impact de la mondialisation libérale


Psychiatrie et Santé mentale


Exposé de Christian Laval (sociologue-ORSPERE*) :

La Santé mentale est une préoccupation ordinaire qui touche toute la vie quotidienne :
logement, « troubles du voisinage », trajet pour aller au travail, conditions de travail (rentabilité, stress, ), harcèlement, judiciarisationtout cela dans le super-contexte de la mondialisation néo-libérale ; celle-ci se caractérise par :
-la chosification du vivant,
-la marchandisation de la santé,
-la non reconnaissance des « petits liens » (mépris social, humiliation)

La conséquence, c'est l'écrasement de la vie psychique.
Deux mots-clef du discours dominant :dépression, résilience.
La santé mentale ne peut pas se discuter sans le passé, le présent et l'avenir de la psychiatrie.
Le débat ne peut pas avoir lieu qu'avec les seuls spécialistes de la psychiatrie.


Débat



Le concept de santé mentale a été inventé par des psychiatres, par des soignants en psychiatrie, qui ont lutté pour abattre les murs de l'asile, sortir les malades de l'enfermement et de l'exclusion, ouvrir la psychiatrie sur la ville, faire place aux usagers. Mais actuellement, les mots sont piégés, les concepts pour lesquels on s'est battus sont récupérés et pervertis.

Santé mentale va avec suppressions des moyens, baisse du nombre de psychiatres, disparitions des formations spécifiques en psychiatrie, la mise au pas et la marchandisation (amendement Accoyer par exemple).

Il y a glissement vers des simplifications ; des notions nouvelles, telles que la « résilience » (terme issu de la physique des métaux) permettent d'« évaluer ». Il y aurait les « résilients », c'est à dire les patients aptes à vivre dans la société, et les autres, donc inaptes. Il y aurait deux psychiatries : la psy « molle » (les psychothérapies) et la psy « dure » (avec médicaments et enfermement).

Avec ces nouveaux concepts, la société renvoie les individus à eux-mêmes alors que le problème est collectif, que c'est essentiellement la société qui est en cause. Ne soyons pas dupes de la lecture politique de ces concepts ; ils ne sont pas neutres ; des enjeux politiques sont derrière. Il y a trahison par les mots.

Par ailleurs, la psy peut être utilisée pour « accompagner » ( !) les conséquences des catastrophes, des plans sociaux, etc : ainsi des cellules de crise psychologiques mises en place quand il y a des licenciements collectifs. Comment alors se situer quand on est professionnel ? La question à se poser est : Qui demande le soutien psychologique ? L'employeur qui licencie ? ou un syndicaliste en phase avec les travailleurs licenciés ? Comment traiter la demande ?

Impacts de la mondialisation libérale


· La situation en Italie, Grèce et Grande-Bretagne. Interventions de :

Mario Colucci - Psichiatria Democratica - Italie:
'Qu'est-ce que la psychiatrie à l'époque de la mondialisation, du néolibéralisme et de la bio-politique ? » (texte en annexe 1)

Dimitri Ploumpidis - EPAPSY - Grèce (texte suivra)


Christopher Heginbotham - directeur de la Mental Health Act Commission - Grande-Bretagne (texte suivra)

· 2 exposés :
Annick Flageollet : Où sont les lieux de Pouvoir : AGCS* et Santé (texte en annexe 2)
Thierry Lescant : Hôpital 2007 (texte en annexe 3)

· Débat

- Risques majeurs avec l'AGCS : fin des services publics et fin de la démocratie.
C'est déjà en cours d'application à Carpentras depuis 3 ans.

- Les grands perdants de la mondialisation libérale dans le champ de la psychiatrie, ce sont les patients les plus gravement atteints ; une politique de l'abandon se développe du fait de la baisse importante du nombre de lits dans les hôpitaux psychiatriques sans structures de remplacement ; ils se retrouvent dans les MAS* ou à la rue ; certains en meurent. C'est un « eugénisme soft ». Il faut leur ouvrir des structures adaptées.

- Mais, attention, les nouveaux lieux de relégation sont prêts ! Ne nous laissons pas piéger : le pouvoir va recréer des micro-asiles (médico-sociaux, en charge des conseils régionaux) pour enfermer les non récupérables, les non résilients, les « rebuts » de la société néo-libérale.( Ex de Perpignan )

- La suppression de la formation spécifique « infirmier-ère psy » va entraîner une « catastrophe » : disparition progressive, avec les départs à la retraite, des infirmiers-ères psychiatriques encore actuellement au travail.

Les transmissions ciblée sont là pour favoriser la mobilité du personnel ; le dossier de soins infirmiers et le PMSI* pour quantifier et mesurer le travail soignant et mettre en place une psychiatrie « entreprenariale ».

Par ailleurs, le gouvernement prépare, par une manipulation des esprits (le déficit « abyssal »de la sécu), la casse de la Sécurité Sociale au profit des assurances privées ; le principe qui a présidé à la création de la sécu en 1945 : « chacun cotise à hauteur de ses revenus et reçoit selon ses besoins » va être remplacé par : « à chacun selon ses moyens ».

Conséquences : l'exclusion des pauvres, mais aussi une baisse de la qualité des soins même pour ceux qui pourront payer ! (aux USA, c'est le médecin de l'assurance qui donne ou non son autorisation pour une hospitalisation et décide de sa durée : rentabilité oblige !)


-A tout cela s'ajoute l'envahissement par les labos pharmaceutiques qui se chargent même de la formation « continue » des personnels, mais aussi des usagers !

La situation est d'autant plus difficile que ce sont des experts professionnels en psychiatrie qui donnent aux « politiques » les outils nécessaires pour réaliser la privatisation et appliquer l'AGCS !


Entrer en résistance



-Les réseaux sont une bonne forme de résistance, mais ils peuvent être récupérés ( réseaux diabétiques récupérés par les firmes pharmaceutiques).
-Un exemple de lutte efficace : au CHS* de Chalons sur Saône, la grève du personnel, à chaque séance du Conseil d'Administration, a empêché l'élu du Front National de siéger.

-Exiger du patronat qu'il paye ses dégâts (accidents du travail, santé détruite par le travail, sites pollués etc)
-Urgence de la mobilisation : nous avons un an pour contrer l'AGCS.

Mais quels moyens d'action ? La grève ? Elle ne frapperait que les malades et usagers ! Manifester avec les associations de patients ? Boycotter l'accréditation ? La résistance existe contre le dossier de soins infirmiers et les transmissions ciblées, mais il y a pression sur le personnel et entreprise de culpabilisation.

-Il faut rassembler un maximum d'organisations, réaliser des alliances, avec les intermittents du spectacle par ex.

- Il nous faut définir quel service public de psychiatrie nous voulons, mettre au point un nouveau projet qui soit notre projet ; cette première étape, qui nous motivera, est indispensable à la mobilisation.
·Envoyer sur le site du SERPSY*, débats, actes de résistances, mouvements d'usagers
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